Lundi 25 janvier 2010 : Cape Town (Lion Head, Saint James)
Ce qui nous a frappé hier en arrivant par la N7, droit sur cette ville, c'est son look ! Aurait-elle été fabriquée de toute pièce ? Cape Town avec ses 3,1 millions d'habitants s'étalant sur 2487
km2 donne l'impression d'être un gigantesque studio de cinéma. Le décor et ses différents plateaux sont posés : il fallait une colline surplombée d'un bloc de roche et voilà Lion Head, une autre
colline doit montrer la modernité et nous découvrons Signal Hill avec sa haute antenne, mais ce n'est pas assez impressionnant... il faut quelque chose de majestueux, dominant l'océan d'un
millier de mètres, oui, ce décor doit miser sur le tout-en-un, une falaise, la végétation et l'océan... et nous sommes ébahis par l'immense Table Mountain, déjà costumée de son écharpe de nuages,
prête à prendre la pose coiffée de son sommet totalement plat. Ici, la production a les moyens, tout semble parfait.
Nous grimpons à pieds sur Lion Head dans la matinée pour voir tout cela de plus haut. Rien à dire, les plages sont magnifiques, la côte reste sauvage malgré les visibles quartiers chics qui surplombent Clifton Bay, la forêt au pied des collines est verdoyante et les arbres aux feuilles argentées ajoutent une petite touche de strass à l'ensemble. Nous continuons notre marche montante, très très montante, autour de la tête de lion. Peut-être est-ce la chaleur ou l'effort mais maintenant que nous savons à quoi ressemble un lion... il faut tout de même beaucoup d'imagination ou avoir un bon coup dans le nez de Marula (alcool local) pour le démasquer. Les jambes ne suffisent plus, nous ajoutons les bras pour continuer la progression. Nos doutes sur la destination finale de ce sentier abrupte deviennent plus présents à chaque pas : est-ce qu'il mène vraiment tout en haut ? Pourtant les échelles adossées aux passages difficiles semblent le confirmer. Une heure plus tard, nous arrivons au sommet... le panorama s'impose dans sa majesté et nous reprenons notre souffle dans un long silence contemplatif avant de redescendre. A ceux qui croient, comme nous, que la descente est plus évidente, nous les invitons dans nos chaussures ou à offrir la réplique à nos mollets. Peut-être les avez-vous entendus hurler depuis l'Europe ! Voilà une bonne grimpette qui dégourdit enfin nos jambes habituées aux heures de route.
Notre erreur de l'après-midi est celle du nouvel arrivant. Naïfs, nous pensons que s'il fait beau à l'Ouest de Table Mountain, les plages de l'Est de la péninsule offriront un repos balnéaire à nos guibolles pour l'après-midi. C'est bien mal connaître cet endroit, le dernier du continent au Sud, partagé entre l'océan Atlantique et ses courants froids et l'océan Indien ! Deux mille cinq cents kilomètres carrés représentent une grande métropole mais à l'échelle des surfaces océaniques qui l'entourent, nous sommes bien vulnérables. Nous fiant aux inséparables Lonely Planet et Guide du Routard, nous partons à la quête de maginifiques plages de sable blanc, munis de nos maillots de bain, d'un paréo de principe et du non moins inséparable appareil photo. Sur la route, passée la Table Moutain... "Tiens ?! La production aurait-elle oubliée de payer l'électricité du Studio 12-Saint James ?" Le ciel est noir et le vent se heurte à l'immense colline escarpée. Si le temps change aussi vite, il se peut que plus loin, ce soit mieux. En fait, en arrivant, c'est pire. Mais nous n'avons pas fait 25 kms de périphérique pour rien, une belle balade venteuse entre la plage de sable fin (car il n'était plus blanc) et la voie de chemin de fer nous emmène sur l'adorable crique de Saint James où les cabines multicolores se reflètent dans la piscine d'eau de mer, pour le plaisir du photographe. Le même instant ensoleillé, ce serait trop de bonheur !
Bien fatigués, nous rentrons dans notre auberge de jeunesse basée en plein coeur du Saint-Germain des près Sud-Africain où nous avons élu domicile pour les cinq prochaines nuits. Dans une ambiance colorée, cette gigantesque maison et sa cour intérieure, dans laquelle chaque pièce est faite de brics et de brocs nous fascinent. La cuisine commune s'anime chaque soir du même cérémonial de ses résidents japonais, italiens, australiens, coréens et frenchies ! Le cliquetis des casseroles s'envole sur le quartier déjà bien animé pour donner une multitude de recettes spécifiques à chaque palais. Très drôle et enrichissant.
Un bon Doliprane pour Stan, une bonne nuit sans souci des moustiques pour Gwen viendront clore la
journée.
Mardi 26 janvier 2010 : Cape Town (Waterfront, City Bowl, Bo Kaap)
Le réveil amène un douloureux bilan. Nous devons absolument trouver le moyen de combattre ces indésireux compagnons nocturnes qui viennent troubler le sommeil de
Stan chaque nuit dans un sifflement aigu, ponctué de successifs "claps" totalement vains dans l'obscurité de la chambre. Car au final, ce sont bien deux sommeils qui sont anéantis ! Ce soir c'est
sûr, on inaugure la moustiquaire imprégnée ! L'autre aspect du bilan force l'humilité : la si sportive Gwen doit bien admettre qu'il est trop tard pour revenir en arrière et absorber les 500 mg
de paracétamol salvateurs, les courbatures infligent déjà leur morçure sur tous les muscles, même ceux qu'on croyait inexistant !!! Le moindre geste est une épreuve qui fait serrer les dents de
la désormais soi-disante sportive.
Nous nous lançons vers la visite de Robben Island (la prison politique qui retint Nelson Mandela durant 19 ans, sur les 27 que dura son emprisonnement). Pour la première fois, nous sommes contraints de changer de programme, les prochaines places disponibles sur le bateau sont pour demain, 10H.
Une balade sur le port très chic du Water Front nous rappelle les Docks londoniens. Les galeries d'art, les boutiques de diamants s'enchaînent au milieu de restaurants huppés où un couple sextagénaire au Sparkling Wine à 10H du mat' nous fait rêver. Nous faisons une halte dans un magasins de disques, histoire de trouver notre troisième CD africain qui accompagnera les prochaines heures de route. Nous décidons d'orienter la journée sur une balade dans le centre ville pour chiner les statues coloniales que nous recherchons depuis Walvis Bay. Longilignes statues de bois très colorées, elles représentent des noirs habillés dans leur tenue de travail (avocat, docteur, magistrat, policier,...) portant le fameux chapeau blanc colonial. Notre envie se porte vers "le photographe".
Nous arpentons les rues environnantes de Long Street. Les batissent victoriennes aux balcons ouverts sur la rue jalonnent les trottoirs très animés. Nous nous arrêtons successivement dans le Pan Afrikans Market, le Green Market Square et d'autres antiquaires le long de Shortmarket Street. Les statues sont là, juqu'à 2 mètres de haut, colorées, de plus ou moins bonne qualité mais nous ne trouvons pas notre perle rare. Cela nous permet tout de même de mesurer le prix, de comprendre la marge de négociation et les coûts d'expédition vers la France. Nous lorgnons de plus en plus sur une statue d'un mètre cinquante de 17 kgs. Si on se lance, la négo ne s'arrêtera pas à l'antiquaire mais s'étendra aux destinataires de ces drôles de visiteurs qui viendront compléter les 15 m3 de meubles et cartons laissés à Paris ! Quoiqu'il en soit, il faut toujours négocier en plusieurs fois. Nous poursuivons bredouilles, à la découverte de l'architecture du City Bowl, là où se mèlent les maisons victoriennes aux balcons en fer forgé et les édifices plus modernes typiques du développement industriel et financier du XIXème.
Téméraires dans l'épreuve du piétinement car les courbatures de la veille se font plus présentes, nous poursuivons dans le quartier Bo-Kaap (au-dessus du Cap). Les maisons aux couleurs acidulés s'enchainent au pied de Signal Hill dans ce quartier musulman. Cette communauté immigrée d'Asie à l'abollition de l'esclavage s'est installée grâce à ses talents d'artisan très appréciés au XIXème siècle et a bien résisté à l'appartheid, formant une communauté autour de sa religion.
Un dernier verre de Marula dans le quartier animé et de sympathiques échanges avec la famille dans l'Internet Coffee ouvert 24h/24 nous expédient au lit !
Le lit est une chose... le sommeil en est une autre. Epuisés, nous en oublions notre histoire de moustiquaire. Mais le moustique, lui, n'oublie jamais de se nourrir ! Gwen est piquée la première mais feind de s'en moquer et se rendort, les claps de Stan s'enchainent... Le voilà à 1H30 du matin, essayant de fixer notre parade de mousseline dans une chambre de 4m de hauteur sous plafond. Beaucoup de bricolage qui réveille Gwen, excédée, voire de l'ingéniosité mais surtout du sport ! Ca tient... c'est bancale, fébrile, mais ça tient. La consigne est donnée : interdiction d'ouvrir un soupçon d'espace, favorable à l'attaque en bonne et dûe forme de ces vampires. 2H15 du matin, Stan peut enfin s'endormir ; Gwen par la même occasion !
Note pour plus tard : achat de prise, bracelet, spray anti-moustique, montage de la moustiquaire. La guerre
est déclarée et l'homme doit rester en haut de la chaîne alimentaire !
Mercredi 27 janvier 2010 : Cape Town (Robben Island)
Notre billet d'embarcation en poche, nous nous dirigeons vers le quai d'embarquement de l'île au large de Cape Town. Gwen a lu un tiers du "Chemin vers la liberté"
de N. Mandela. C'est tout ce que nous savons de cette île qui a servi de lèproserie et de prison pour les rebels sociaux et mentaux, les grands criminels dès le XVIIème siècle et les criminels
politiques sous l'appartheid.
La croisière dure une petite heure pour diriger ensuite les badauds vers des bus qui font faire le tour des 575 km2. Mais une fois dans les mains de notre guide, ex détenu de la prison entre 1987 et 1991 (fin de la détention de tout prisonnier), les regards se crispent, les photos se font moins nombreuses, chacun écoute, ému, les histoires de cellule. Nous apprenons assommés quelles étaient les conditions de détention dans les années 60's, les humiliations inhumaines, le triste cours des journées sans parole, sans contact, réduites à casser de la pierre dans une carrière de calcaire qui laissera des séquelles occulaires irréversibles sous la luminosité intense de cette belle région. La voix régulière et habituée par la répétition quotidienne de notre guide bascule soudainement dans une émotion perceptible. Une question de plus parmi l'assemblée, et même sans bien comprendre l'anglais, ouvre une porte sur le passé et nous laisse percevoir les syllabes étouffées par un sanglot mal retenu. Les regards rivés sur les lèvres du messager "écoutent" le témoignage chargé d'horreur, sourcils appitoyés et impuissants, machoire serrée. L'instant est pesant et hypnotique dans cette grande salle aux murs froids dans laquelle revit doucement les scènes de détention. Les phrases semblent ralentir, les minutes paraissent des années... Après une longue respiration commune, le large sourire du guide ponctue la visite, nous laissant explorer par nous même chaque cellule encore habitée du nom, de la photographie et d'un objet d'un ancien détenu qui a pu, vivant lui, témoigner des erreurs de l'histoire. L'humanité a commis cela et dans cet enfer, nous découvrons d'autres facettes de vie ; la vie d'hommes politiques honorables qui se sont battus sous le fagnon de la même idéologie, vainement d'abord contre des lois de plus en plus injustes, puis dans la douleur, dans la brutalité ensuite, dans la souffrance et dans la tristesse enfin... jusqu'à la victoire de leur cause ; pour ceux qui y ont survécu.
Nous écrivons ce récit pour qu'il reste pour nous, pour qu'il soit partagé ; la réalité est que ce moment fut bouleversant et que nous domirons avec lui.
Petite anecdote : notre livre de chevet pour l'AFS est donc "Un long chemin vers la liberté", l'autobiographie que Nelson Mandela a ecrit pendant sa detention à Robben Island. L'instruction et la lecture étaient interdites mais à l'aide d'un co-detenu, il a réussi à relater son éternel combat et à cacher ses précieux manuscrits dans un mur pour les garder et les expédier hors de la prison. Aprés sa liberation et son élection à la présidence en 1994, il a nommé ce co-detenu : ministre des transports !!
Nous décidons de nous interesser au Township. Grâce à un très bel échange avec une jeune femme noire à
l'office du tourisme, nous prenons contact avec un guide qui nous emmènera Vendredi dans les profondeurs de la ville, loin du "Holywood studio effect" pour mieux comprendre la réalité de la
nouvelle génération noire marquée par son passé et désireuse de l'avenir. Loin du voyeurisme et des tours organisés, nous espérons un véritable échange.
^^
Jeudi 28 janvier 2010 : Cape Town (Cape of Good
Hope)
Notre première petite victoire sur Cape Town se matérialise par un sommeil ininterrompu ! Moustiquaire cette fois bien installée et prise anti-moustique auront eu
raison de nos ennemis nocturnes : YES ! Nous entamons notre 4ème journée, bien dans nos Tongs. Nous connaissons désormais les petits recoins du quartier autour de Long Street. Les marschalls,
sorte de parcmètres humains à l'africaine nous gratifient d'un sourire complice lorsqu'on prend la voiture. Toujours fidèles à leur poste entre 8h et 18h, habillés d'un gilet fluorescent, ils
sont reconnaissables à leur façon de guider le moindre créneau de gestes amples et exagérément théâtraux pour vous aider à sortir d'une place pourtant très large. Il nous en coûte chaque fois 5
Rands (0,50€).
Aujourd'hui nous empruntons la route du Cap de Bonne Espérance, 35 Kms au Sud de la ville. Nul besoin de carte, Cape Town et ses environs savent vous mettre à l'aise très rapidement et tout est bien indiqué. On ne sait pas très bien ce que nous allons trouver là-bas mais l'idée d'aller au bout du continent africain nous grise dans un sentiment mêlé d'aventure et de liberté. Le bout du continent africain... le bout de la terre ; celui qui n'aura été découvert que par hasard et par bateau au XVIème siècle seulement. Tout de même , en franchissant les portes de la réserve du Cape of Good Hope, on ne peut s'empêcher d'y penser ! La voiture foule déjà ce qui a dû être la plus importante zone d'achalandage du XVIIème siècle. Une zone d'activité maritime aussi accueillant pour les équipages des longues traversées vers l'Orient que redoutée par les "Commanders" des navires de l'époque. Cette pointe marque la frontière entre l'Océan Atlantique et l'Océan Indien, mêlant les risques de vents forts aux dangers des récifs et des hauts fonds. Des centaines de bateaux s'y sont laissés prendre au piège. Arrivés à l'extrêmité de la péninsule, nous laissons la voiture pour finir à pieds jusqu'au célèbre Cap ! Quelques babouins accompagnent nos pas à travers ces reliefs venteux. Nous siglons la dernière plage, au pied de la falaise, du logo Mobireporter dans la sable pour nous souhaiter "Good Hope" ! Il sera effacé par la marée mais il est bien venu jusqu'ici.
Nous poursuivons la marche par une sévère ascension du rocher du Cap pour exposer nos visages au grand vent des deux océans. Il nous fait bien comprendre qu'à cet endroit, sans abris, nous ne sommes rien. Dos au large, c'est tout le continent africain qui s'ouvre à notre imagination devant nous sur 7000 kms ; plus loin encore, Paris est à 9300 kms ! Il semble qu'en une vingtaine de jours, nous ayons fait un bout de chemin ! Pour nous remettre de ces émotions et profiter encore un instant de cet endroit unique, nous déjeunons au restau de fruits de mer qui culmine à 200 mètres au-dessus des flots.
Est-ce le vent, le soleil ou l'émotion exaltée mais nous rentrons épuisés de cette journée. Sur le retour, nous ne pouvons rester indifférents aux panneaux sur la route "Attention Pinguouins" et nous décidons de nous arrêter quelques minutes pour sympathiser avec ces drôles de créatures qui ne manquent pas d'élégance ; même par 30°C, le smoking est de rigueur.
Retour à l'auberge, dîner entre coloques et mise à jour du blog, voilà une journée encore une fois bien
remplie.
Vendredi 29 janvier 2010 : Cape Town (Township)
Nous nous réveillons plein d'entrain et checkons le matériel des Mobireporters : batteries de l'appareil photo et du caméscope chargées à bloc, carte mémoire de
secours, carnet de notes et du cash avec des petites coupures. C'est notre premier essai de journalistes Mobireporters en herbe. Nous révisons le discours sur notre association et réfléchissons
brièvement à l'angle que nous donnerons à cette expérience dans les Townships. Nous nous mettons d'accord pour être à l'écoute et collecter un maximum de matière pour notre article. Gwen prendra
les photos tandis que Stan se chargera des interviews vidéos. A 8H30, notre guide est déjà là. Shai a 28 ans, vit dans un Township et nous montre fièrement sa licence de guide ainsi que le
programme qu'il a imaginé pour correspondre au projet échangé par email. Nous partageons un café et échangeons sur le planning de la journée. C'est très prometteur. Nous souhaitons situer le
contexte historique et social, décrire le quotidien des habitants des Townships et ouvrir le sujet sur le futur, les évolutions et les différentes actions menées pour favoriser l'insertion de
cette population noire aux portes de Cape Town. Si cette métropole compte 3,1 millions d'habitants, plus de 5 millions attendent en périphérie de pouvoir accéder à un emploi et à une vie
décente.
Nous grimpons dans la Fiat et les yeux de Shai font le tour de l'habitacle. Tableau de bord, sièges, vitres et parterre poussiéreux, pour un regard extérieur, cette voiture mériterait un bon "Car Wash" ! Nous nous sentons obligés de compléter notre histoire par quelques détails sur les nombreux kilomètres parcourus, les trous d'eau et de boue en Namibie, la poussière et le sable rouge des dunes du désert. Il s'amuse de nos récits et nous en profitons pour rompre la glace, espérant que le message est passé : nous ne sommes pas des touristes ordinaires et recherchons l'authenticité.
Trois kilomètres plus tard, nous nous arrêtons au milieu d'un terrain vague. Interloqués, nous comprenons que c'est là que tout a commencé. Aucun panneau, aucune explication visible, seuls les mots de Shai nous font comprendre que toute une population a vécu ici, traversant les épisodes d'histoires heureux et troublés. Depuis 1838, un meltingpot composé des anciens esclaves noirs et indiens, de juifs d'Europe du Nord, d'asiatiques et de jamaicains s'est installé pour répondre à la pénurie de mains d'oeuvre de la ville en pleine croissance. Dans une ambiance colorée, pleine de musique et d'harmonie, les cultures se mélangeaient avec respect et les populations cohabitaient dans une joie partagée. C'est en 1965 que l'éclatement du District 6 marqua une nouvelle avancée de l'injustice du gouvernement en place (Président Daniel Malan) face aux communautés non blanches. En effet, ce dernier décida que cette zone proche devait devenir une "White Area" et ordonna aux habitants de déménager. Le District 6 uni se rebella fortement contre cette loi, malheureusement sans succès, laissant au final cette zone inhabitée, même par les blancs trop méfiants de potentielles représailles. Quel gâchi !
La matinée se ponctue de trois arrêts dans les Townships qui nous permettent de comprendre leur fonctionnement depuis les zones aujourd'hui favorisées par le gouvernement jusqu'aux coins les plus précaires. Shai nous apprend rapidement les quelques mots africains, sésames des lieux : Maolo/Malueni (Bonjour au singulier et au pluriel), Ankossi (Merci). Chaque fois que nous les employons maladroitement, un rire chaleureux nous invite un peu plus loin dans la relation. Notre guide s'occupe de distribuer les Tips (pourboires) à chaque place que nous visitons nous offrant la liberté de sympathiser et d'échanger avec un artisan, un marabou un peu perché, un peintre, une enseignante et des habitans qui nous accueillent chez eux. Toujours très souriants, ils jouent le jeu de la caméra avec beaucoup de simplicité et de naturel. Les questions pertinentes de Shai sur la raison de leur présence dans les Townships, les moyens utilisés pour gagner la centaine de Rands nécessaire à un mois de vie, le chômage, les conditions du quotidien apportent une belle aspérité à nos interviews. Nous nous imprégnons progressivement de la réalité des choses lorsque Mama Tambo, le visage couvert d'une poudre d'argile contre le soleil, le sourire généreux, nous propose de déguster du pain grillé fraîchement cuisiné, chez elle. Un délice presque meilleur que la baguette française ! L'heure du déjeuner approche et les gestes de Shai deviennent amicaux, presque fraternels ; nous échangeons différemment sur le projet MobiReporter, sur la vie des jeunes africains, sur l'entreprise touristique qu'il souhaite monter, bref, nous dépassons le stade du guide touristique.
Il décide de faire un crochet pour nous faire découvrir comment on déjeune dans les Townships : nous choisissons notre pièce de viande dans l'étalage d'un boucher, elle est cuite au Braii ( grill ) dans l'arrière boutique et nous est servie accompagnée d'un Pooridge, sans couvert ! A apprécier avec les mains et sans serviette, This is Afrika !
Durant l'après-midi, Shai ayant compris que MobiReporter était une association à but non lucratif, semble s'impliquer avec énergie. Il ne présente plus les deux frenchies que nous sommes mais le projet associatif dans son ensemble à chacune de nos rencontres. Nous découvrons le centre d'accueil Philani
dans une enceinte tranquille et colorée qui enferme un jardin très soigné. Sans soutien gouvernemental, il est dédié à l'aide des plus démunis. Le centre s'attache à apporter des repas équilibrés et à former les femmes aux tâches ménagères, propose d'employer des résidents pour leur permettre de réaliser des projets artisanaux qui seront vendus dans les différents marchés du coin. Les enfants y jouent et s'amusent ensemble sur l'herbe verte, plusieurs personnes studieuses se concentrent sur leur tissage tandis qu'une assemblée de femmes très animée s'efforce de suivre les conseils de son enseignante ; gare à Stan qui essaye de rentrer, l'accès est réservé aux dames. Un vrai havre paisible et animé qui dénote du quartier. Nous rencontrons une jeune allemande volontaire qui passera 6 semaines sur place pour aider l'organisation. Son interview nous apprend que la société qui l'emploie parraine Philani et propose à ses salariés de se rendre sur place pendant leurs congés pour participer au projet. "There is so much to do, you don't know where to start" nous confie-t-elle, totalement ravie d'occuper son temps de cette manière.
Note pour plus tard : les entreprises représentent un excellent relais d'information pour toutes ces micro-organisations qui peinent à communiquer.
Les au-revoirs avec Shai sont très chaleureux et après quelques conseils sur le "mix marketing" de son prochain business, nous lui proposons de l'aider à mettre en place quelques pages Internet et à se faire référencer dans le Lonely Planet et le Guide du Routard. Il nous enverra toutes ses informations lors d'une prochaine connexion depuis un café Internet.
Nous récupérons nos affaires auprès du proprio du Cat&Moose Backpackers et montons illico en haut de cette fameuse Table Moutain pour saluer comme il se doit cette ville à laquelle nous nous sommes attachés en quelques jours seulement.
Nous marquons le panorama d'une dernière photo que nous habillons du logo MobiReporter, gimmick de notre voyage. Pour le réaliser, opposez le pouce et l'index de la main gauche en angle droit aux pouce et index renversés de la main droite comme le font les cadreurs caméraman (pour comprendre, CF photo).
Nous nous dirigeons en fin de journée vers les Winelands, impatients de découvrir la Bourgogne et le Bordelais locaux. 40 kilomètres à l'Est du Cap nous plongent dans une adorable vallée foisonnante de vignes. Nous trépignons, les papilles alertes ! Juste le temps de faire quelques courses pour un dîner Cheese&Wine (sans Cheese) et nous prenons nos quartiers dans une jolie maisonnette en plein milieu du vignoble qui domine la vallée de StellenBosch. Nous débouchons une bouteille de Shiraz qui accompagne parfaitement ce moment idylique face au coucher du soleil. Au moment de lever nos verres à la Bourgogne Su-Af, nous apprenons justement la naissance tant attendue d'une petite bourguignonne prénommée Margot, 3,1 Kgs et 49,5 cm. Voilà un moment partagé avec Claire et Alex malgré la distance. Nous sommes trop contents pour eux !
Samedi 30 janvier 2010 : Winelands Stellenbosch, Franschhoek
Au XVIIème siècle, le gouverneur hollandais Van Der Stel a eu le bon goût d'installer sa colonie dans cette belle vallée verdoyante et d'y inviter les Huguenots chassés de France par Louis XIV. A
l'époque, on ne voyageait pas avec un sac à dos et un appareil photo numérique, mais lorsqu'on était viticole, avec ses propres vignes dans ses bagages ! Le savoir-faire français et les
excellentes conditions climatiques ont fait le reste à plus de 1500 mètres d'altitude pour qu'une viticulture de qualité s'étende et se bonifie au fil des années. Aujourd'hui une centaine de
vignobles aux cépages variés (Pinot noir, Cabernet Sauvignon, Shiraz, Merlot, Colombard, ...) produisent ici plus de la moitié du vin sud-africain. Nous comptons bien en profiter !
Une longue balade dans les rues paisibles et visiblement riches de Stellenbosch à travers les galeries d'art, son jardin botanique et ses raffinés salons de thé frenchies nous ouvre l'appétit. Aiguillés par une carte de la vallée nous poussons jusqu'au domaine de Neethlingshof, une superbe propriété baignée dans une roseraie au fond d'une longue allée d'arbres deux fois centenaires. Le cadre est idylique pour un déjeuner gastronomique digne d'un étoilé Michelin (truite saumonnée en papillote et sa julienne de légumes caramélisés accompagnée d'un Sauvignon Blanc 2003 pour madame, un médaillon de filet de boeuf sur ses galettes de pommes de terre au Romarin servi avec un Cabernet Sauvignon 2004 pour monsieur), chaque bouchée suivi d'un gémissement délecte nos papilles d'apprenti gastronome. Avec une note globale de 200 Rands (17 euros), le charme opère ! Ces quelques jours dans cette région s'annoncent très agréables.
L'après-midi nous entraîne à quelques kilomètres de là à FranschohHoek (le coin des français). Le grand mariage que nous avons vu en préparation à l'heure du déjeuner nous réserve une surprise : tous les invités ont investi les logements du coin. "Sorry we are fully booked" nous répétaient les propriétaires des Guest Houses. Nous ne souhaitons pas revivre la nuit passée dans la voiture (Seisreim) et paniquons chacun de notre côté en silence. Finalement, nous sonnons sans grand espoir à la porte d'une très grande maison dans les hauteurs. Miracle, ils ont une chambre d'amis, notre nuit est sauve. La chambre s'avère être une adorable maisonnette plantée dans un agréable jardin au bord d'une piscine. Spatieuse, confortable à l'américaine et de très bon goût, nous bookons pour deux nuits au top ! Pendant notre errance dans les petites rues de FranschHoek, un petit paradis avait retenu notre attention pour notre soirée. Habillés de nos plus beaux vêtements même si la polaire Quechua nous fait défaut, nous retrouvons le restaurant Dieu Donné. Sa terrasse plein Ouest domine son vignoble, nous testons le Sparkling Wine de la maison qui mériterait l'appellation "Champagne" ; enfin un vin blanc pétillant sec ! Ca y est, Gwen flirte avec le paradis. Le soleil se couche sur la vallée et le dîner n'a rien à envier au déjeuner : la sole grillée dans sa délicieuse sauce au beurre est un régal dans un raffinement à la française. Comme il nous sera difficile de retrouver nos en-cas dans les auberges de jeunesse après cela ! On se fait vraiment plaisir pour pas cher. Plus tard, de retour sur la terrasse pour une dernière cigarette, la bande de joyeux lurons sud-af déjà bien animés à l'apéritif lancent un "S'il vous plaît" (en français dans le texte) qui ne manque pas d'attirer notre attention. Une heure et demi plus tard, nous sommes toujours à leur table à rire de tout dans une ambiance pour une fois mixte : un couple de blancs, un couple de noirs et un dernier métisse ; tous sud-africains. Nous immortalisons l'instant d'une photo normale et de la fameuse "photo grimace".
Dimanche 31 janvier 2010 : FranschHoek
Cette soirée nous a bien mis en condition pour enfin profiter des si célèbres "Tasting Wine" de la région ! Après une bonne nuit de sommeil, nous sommes d'attaque pour commencer à nous
ennivrer... Une petite promenade à travers les vignobles et les rues aux noms si français : le Mont Michelle, le Chamonix, le Mont Plaisir, Bordeaux et le Quartier Français nous amène à la Grande
Provence ! Le cadre est encore une fois grandiose et élégant, le viticulteur nous propose de déguster six vins, trois blancs et trois rouges. En voici les grandes lignes :
- Sauvignon Blanc 2008 : des notes d'ananas et de grenade avec une sous-note d'herbe coupée. Sur le palais, une note de fruits équilibrée par un zest d'acidité et une longue tenue en bouche. Un peu trop léger et sec à notre goût mais il accompagnera très bien un poisson ou une viande blanche citronnée.
- Chenin Blanc 2008 : un nez chargé de nectarines et de pommes qui restent jusqu'au palais, peu de corps et une certaine rondeur en bouche. Vraiment trop sec pour nous mais il se marriera très bien avec des plats de volailles épicés (curry).
- Chardonnay 2008 : un bon équilibire fruité et boisé, il contient une note de poire et de pêche au nez, complétée par de la vanille sur le palais. Notre préféré pour accompagner des viandes blanches plus crémeuses.
- Cabernet Sauvignon 2007 : porté à maturité pendant 15 mois dans un tonneau français. Il révèle un nez de fruits rouges et une délicate compote de fraises épicées. La sensation en bouche est douce et y laisse un goût élégant. Parfait pour les viandes rouges avec des sauces aigre-douces.
- Shiraz 2006 : un nez puissant et complexe chargé de poivre blanc et coriandre. Son palais concentre des notes de fruits, de vanille et d'épices sucrées. Il accompagnera à merveille le gibier (games).
- The Grande Provence 2005 : en production limitée, ce vin rouge révèle un nez de menthe et d'Eucalyptus, suivi d'une note de prune. Le palais est élégant avec de douces notes tanniques. Il est composé de 65% de Merlot et 35% de Cabernet Sauvignon. Nous l'aurions bien goûté un peu plus celui-là... un délice !
Il est 13h, nous sommes " a little bit tipsy", Bacchus nous a pris sous son aile... et le petit groupe sud-africain de Drum bass et Saxo nous envoûtent carrément. Il est l'heure pour un déjeuner campagnard à La Brasserie (en français dans le texte) deux kilomètres plus loin. Verre d'eau pétillante bienvenu pour enchaîner la deuxième dégustation... toujours au top !
Finalement, un petit roupillon s'impose pour repartir du bon pied. En fin d'après-midi, le Mont Rochelle nous serre le même cérémonial pour aiguiser nos palais. Nous avouons qu'à ce stade, nous n'avons plus pris de notes sur les vins ! Après quatre vins blancs et autant de vins rouges, nous repartons guillerets, chargés d'une bouteille de Shiraz 2005. Le temps d'arriver à la voiture et de nous rendre compte que nous n'avons pas goûter de Champagne et il est l'heure de l'apéro ! Sans nous démonter, nous commandons deux coupettes au resto French Connection qui porte bien son nom. Nous y restons dîner, bercés par la voix chaude et haut perchée d'un jazz man local.
Journée ennivrante et paradisiaque, un petit coin de France marque ces lignes dans notre périple.
Lundi 1er février 2010 :
Cette journée est particulière pour deux raisons. La première est que 13 années se sont tout juste écoulées depuis la première rencontre de notre couple de MobiReporter ; la seconde est que c'est
l'anniversaire de Renaud, une amitié de quinze ans ! Un petit coup de téléphone rapide pour pousser la chansonnette de son birthday et nous voilà partis en direction de Port Elisabeth.
Nous quittons cet endroit raffiné avec une certaine nostalgie. Qu'il fait bon vivre dans le "Coin des Français". Mais soit, nous n'avons tout de même pas planifier des miliers de kilomètres de périple pour nous arrêter dans un endroit aussi proche de notre propre culture : en route, baroudeurs !
Fidèles à notre habitude, nous organisons le trajet en fonction des kilomètres à parcourir. Nous sommes de plus en plus rapides pour boucler nos sacs à dos et détecter les bons stops sur la route. Deux à trois heures de conduite dans la matinée jusqu'à Mossel Bay pour observer les surfers devant nos Prawns (crevettes) ou Fish and Chips (poissons, frites) et encore deux heures à travers des paysages surprenant pour arriver à Knysna réputée pour sa lagune. Cette fois les rencontres animalières mélangent l'exotisme des autruches et autres gibiers locaux aux animaux plus familiers des paturages français. Les moutons s'attachent en troupeaux à se fondre dans les champs de blé séchés aux couleurs teintées d'or, insouciants des gigantesques montagnes qui les entourent. Le tableau est magnifique mais nous devons tailler la route sans nous arrêter.
Quelques kilomètres après notre arrivée sur les côtes de l'Océan Indien, l'atmosphère devient plus douce et humide. Les Cottages des romantiques vignes du WineLand sont bien derrière nous et cèdent la place aux vagues sauvages qui déchirent l'océan, nous retrouvons les auberges de jeunesse et leurs BackPackers pour la nuit.
Un dîner improvisé dans un restaurant du coin amène une rencontre impromptue. Marc, la cinquantaine, propriétaire des lieux s'invite à notre table pour accompagner la fin de notre dîner, nous résume avec beaucoup de philosophie l'histoire de ce peuple sud-africain, et nous nous offrons une belle soirée à refaire le monde comme lors de nos interminables nuits parisiennes. C'est l'occasion d'avoir un nouvel avis plus tempéré, moins prosaique, sur le devenir de ce pays. On adore le discours emprunt d'humanisme. Nous échangeons sur nos lectures et même sur la musique. Génial.
Mardi 02 février 2010 : Knysna, Jeffrey's Bay et Graham's Town
Un MobiReporter doit être capable de parler de tout. Ce n'est pas parce que nous sommes dans un trip "aventure" que nous en oublions de garder une certaine fraîcheur. Le problème de la matinée se
concentre donc sur "trouver un centre d'épilation" pour Gwen. Le stress se fait sentir face aux méthodes employées mais le résultat est là, la wax opère, c'est impeccable et cela fait du bien !
Nous plions bagages et nous rendons à l'entrée de la Lagune au sommet des Heads de Knysna, les deux falaises tant redoutées par les marins.
En effet le port de Knysna est parmi les huit plus difficiles d'accès au monde. Les grands voiliers n'ont qu'une centaine de mètres de large pour manoeuvrer dans un couloir délimité par les falaises sur quatre cent mètres. D'en haut le tableau est superbe, animé par les vagues qui explosent contre les rochers, composé d'une palette bleue marine côté Océan Indien et bleue azur dans la lagune au calme plat. De ce superbe observatoire, nous apercevons une étroite avancée de terre dans la lagune et décidons d'aller y jeter un oeil en voiture. Tout est tellement beau et résidentiel avec un terrain de golf, de petites criques pour les pêcheurs, des terrains de tennis, que cela nous fait penser à un petit Oléron local.
Il est temps de prendre la route le long de la cote pour remonter vers le Nord-Est. Nous visons Jeffrey's Bay pour le déjeuner, ce fameux spot de surfqui accueille le Billabong Worlf Competition voit s'affronter les meilleurs surfers du monde sur la Supertubes Beach au mois de Juillet. Stan espère voir les champions s'entraîner, même au mois de février. 2H30 plus tard, la Supertubes est devant nous, probablement à la moitié de ses capacités, les champions sont ailleurs, certainement en train de surger le Pipeline de Hawaï (dur dur d'être un surfer). Les propriétaires des boutiques locales nous ont tout de même gratifié de quelques figures dans une eau pas si chaude. Nous poursuivons le trajet pour dormir à Graham's Town. Le Lonely y indique une adresse orginale pour dormir : une ancienne prison dont les cellules accueillent aujourd'hui les Backpackers pour une nuit pas cher. On tente le coup ! L'accueil est chaleureux et l'ambiance des jeunes autour de grandes tables dans la cour ajoutent à notre entrain. Mais lorsque le sympathique géôlier nous ouvre une porte d'1m30 de haut pour accéder à notre "cellule", le silence entre nous en dit long ! Tout juste la place pour un petit lit deux places, nulle fenêtre et des murs décrépis. Nous bredouillons une excuse mal assurée dans un anglais volontairement mauvais pour échapper à cette incarcération nuptiale ! Ce n'est pas cette nuit que nous dormirons en prison !
La grande université de Graham's Town fait sa rentrée. Pour l'occasion, toutes les familles ont investi la ville et heureusement que nous sommes en voiture pour passer d'une Guest House à l'autre et trouver une chambre. Avec 17Kgs, nous ne voudrions pas revivre le même épisode en Asie. Finalement une gentille dame franchement bavarde nous propose une chambre d'amis dans sa maison. C'est l'occasion pour nous de récupérer un point de chute au Cambodge puisque l'une des occupantes non moins bavarde a un fils enseignant qui vit là-bas.
Mercredi 03 février 2010 : Graham's Town - Port Saint John's
Cela peut paraître répétitif de lire nos descriptions de paysages à travers ces lignes mais encore une fois, tout au long de la route, ils nous ont surpris et charmés. Après l'aridité, les roches
et le sable du désert, le contraste d'une végétation luxuriante habitée par la faune africaine, les vallées de vignobles à perte de vue, ce sont des collines et des prairies vertes et or qui ont
accompagné notre route aujourd'hui. Nous entrons dans le Transkei noir africain et de jolis villages piqués de maisons turquoises, roses, vertes et jaunes peuplent ses paisibles paysages. Seules
nos traversées par les grandes villes sont totalement étouffantes dans une animation grouillante au milieu des klaxons, des marchés alimentaires chaotiques et des fumées d'échappement. Plus nous
avançons vers le Nord et plus le climat devient chaud et humide, l'Océan Indien nous appelle. Après la conduite sur les longues et interminables routes droites, nous découvrons les joies et les
surprises de la "serpentine" dont le portrait s'affiche partout sur les panneaux triangulaires de danger. A chaque virage, nous nous demandons quel épisode incroyable viendra réveiller notre
adrénaline. Un train peut en cacher un autre mais un virage sud-africain peut cacher tellement de choses ! Est-ce qu'un âne ou une chèvre dort au milieu de la route ? Est-ce qu'un mini-bus
contenant cinq personnes par banquette a finalement adopté la conduite à droite à la française ?! Les locaux ont-ils décidé d'installer un stand en bord de route pour vendre des ananas ? Ou
ont-ils fait construire une série d'amortisseurs de la taille de nos roues ? Quoiqu'il en soit, nous restons vigilents car à tout moment, la voiture que nous suivons peut décider de s'arrêter là,
comme ça et tout de suite, sans prévenir ! Il est 15H et cette drôle d'expérience de conduite se complique avec la sortie des classes ! En quelques minutes, des centaines de chérubins en uniforme
viennent compléter la scène, marchant le long des routes ou les traversant à la recherche d'un pick up qui leur fera économiser les kilomètres de marche pour rentrer chez eux.
A nouvelle façon de conduire, nouvelle règle : la bande d'arrêt d'urgence délimitée par une ligne continue jaune est utilisée pour se ranger et se laisser dépasser. Les nationales à double sens offrent peu de visibilité, l'entraide africaine est là pour compenser ; encore faut-il connaître son langage. Lorsqu'une voiture vous colle, l'orgueil n'a pas sa place, rangez vous doucement à gauche, envoyez un petit clignotant à droite pour signaler que la voie est libre. Le véhicule vous dépassera dans la souffrance de son moteur, se rabattra un peu brutalement avant de vous remercier avec ses warnings. Surtout, répondez par un petit appel de phares ! Dans l'hostilité de la route, la courtoisie est obligatoire. Pas d'inquiétude, nous sommes restés très prudents.
Au bout de cet épisode intéressant, nous arrivons à Port Saint John's. Après quelques essais peu convaincant dans les Guest House pour Backpackers, nous jetons notre dévolu sur un B&B dans les hauteurs. Cette ville nichée entre les falaises du lit de la rivière Umzimvubu s'est installée aux portes de l'Océan Indien. Il en résulte une végétation abondante dont la masse libère une brume intense au coucher du soleil. Notre chambre domine cette jungle fantôme sur un fond de torrent opaque dont les alluvions mélangent leur couleur rougeâtre au bleu de l'océan. C'est fabuleux et digne d'une panorama tiré de "Vendredi ou la vie sauvage" ! A la tombée de la nuit, nous profitons d'un dîner franchement épicé sur la terrasse de notre logement : la première bouchée de boeuf au curry est forte, la seconde vous ôte le goût, quant aux suivantes, elle vous donne l'impression que tout votre corps hurle et cherche à s'échapper par les suées qui gagnent votre visage. Malgré de profondes inspirations et beaucoup d'eau, cette expérience culinaire est un sérieux entraînement avant la Thaïlande. Délicieux !
La ville a disparu dans l'obscurité de ces arbres et de la brume. Seuls les chants Gospel acapella de l'office du mercredi s'élèvent chaudement vers nous à travers le ressac sourd des vagues invisibles et le bruit lointain de l'orage.
Jeudi 4 Fevrier 2010 : Port St John's
La nuit dernière nous étions aux premières loges d'un étonnant spectacle de sons et lumières ! Depuis notre large fenêtre sur l'océan, nous avons suivi l'évolution d'un très bel orage
Sud-Africain ! Un MobiReporter doit toujours avoir son materiel sur soi car, en ce qui nous concerne, il était trop tard pour aller chercher le camescope resté dans la voiture ! Les éclairs se
succédaient avec violence pour illuminer l'océan. Une pluie dilluvienne faisait déborder les grands containers d'eau adossés aux lodges environnants. Des litres et des litres d'eau se déversèrent
en quelques minutes sur la cote de ce pays qui en a tellement besoin. De notre lit... c'était très impressionnant et nous eumes une pensée émue pour ceux qui optèrent pour le camping cette nuit
là !
Aujourd'hui est une jourrnée cool durant laquelle nous cherchons à nous reposer sur la très belle plage de Saint John plus au sud. Une fois en maillot de bain, nous prenons conscience qu'il nous sera difficile d'effacer les marques déjà très prononcées sur les avants bras et le collier ! La soirée amène le douloureux constat : nous somme passés d'un bronzage vanille/chocolat à un autre plus sophistiqué : vanille/FRAISE/chocolat !! Une demie heure de farniente au déjeuner et la Biafine sort de son tube ! Au final, les marques sont toujours là !
Demain nous quitterons ce petit paradis pour aller chercher plus au Nord, les portes du Lesotho.
Vendredi 5 Février : Port St John's - Les montagnes de Drakensberg (Underberg)
Une nouvelle demie-journée de route nous mène dans les magnifiques Montagnes de Drakensberg, à la frontière du Lesotho, ce petit pays perché sur de hauts plateaux à plus de 1800 mètres
d'altitude. Nous retrouvons l'ambiance d'une super auberge de jeunesse au milieu de nulle part. L'agitation y est terriblement agréable, rythmé par les accents anglais de nombreux pays :
Allemagne, Belgique, France, Singapour, Chine, ... et nous n'avons pas encore fait tout le tour ! Nous sommes tous là pour marcher dans ces montagnes et rencontrer cette population Sotho dont
l'accueil et le mode de vie sont réputés.
^^
Samedi 6 février : montages de Drakensberg
Après un contrôle sur nos finances, nous décidons de privilégier la marche à pied. Mise à part l'assette de pasta et les oeufs durs qui rechargeront les batteries ce soir, cela reste l'activité
la plus économique de notre périple en AFS. Depuis notre Backpacker, nous choisissons une belle rando à travers les montages de Drakensberg. La première ascension d'une centaine de mètres au
départ du sentier nous rappelle que nous sommes à plus de 1500 mètres d'altitude. Nous ressentons rapidement l'essouflement! Partis pour 5H avec de l'eau en quantité, de quoi pique-niquer, nous
prenons notre temps. L'adaptation est rapide et le cardio calé à 130 pulsations/min nous emmène vers les beautés surprenantes du coin. Epoustouflant ! Chaque dizaine de minutes apporte son lot
d'émerveillement. Lorsqu'une longue prairie valonnée se termine, notre descente dans une grotte dissimulée derrière une cascade prend le relais. Les muscles chauffent, la respiration monte et le
soleil cogne sur la balade. Nous ne sentons rien de tout cela dans le vent léger des montagnes. C'est tout simplement idylique. La nature semble maîtriser le secret des proportions et des
couleurs, plaçant des arbres magnifiques, des fleurs, des rochers impressionnants et des cours d'eau sur notre passage. Quel goût exquis ! Le numerique mitraille sur fond de camescope ! Nous
sommes au milieu de mère Nature vêtue de sa parure été, montagne, strass de fleur, collier de rivière et cascades de diamants. On rêve, on rit, on s'arrête, on boit (beaucoup !) et on ressent
l''effort dans tout ce qu'il a de plus silencieux et serein. Et voilà... les parisiens découvrent la marche à pied : quel pied ! Avec la fatigue musculaire et l'heure ensoleillée qui tourne, le
sentier nous semble franchement casse-gueule. Nous redoublons de vigilence en traversant la rivière, une fois, deux fois et nos pompes de randonneurs y passent sur les trois suivantes ! A moins
d'avoir une sacrée enjambée nous ne voyons pas comment faire autrement. Ok, les godillots sont trempés. En attendant, nous sommes ravis ! Le must aurait été de profiter des énormes cavités
naturelles du cours d'eau pour nous baigner mais aprés avoir trempé un orteil, nous sommes rentrés au BackPacker ! Ca frolait le 17°, faut pas déconner en Afrique du Sud, on ne mouille pas les
mollets à moins de 22°. Oh comme la Bretagne est loin !
Dimanche 7 Février 2010 : Lesotho
Le temps se ressert et il nous reste 10 jours avant de nous envoler vers l'Asie. Faute d'un véhicule 4x4 obligatoire qui nous couterait trop cher à louer, nous partons pour une journée toute
organisée au Lesotho par la col de SaniPass qui culmine à 3240 mètres. A 8H45, Matthew, un guide sud-af attend notre petit groupe au volant d'un gros LandRover. Six hollandais dont quatre jeunes
volontaires en mission humanitaire à Durban et nos Mobireporters embarquent avec quelques vêtements chauds pour parer aux intempéries surprises. Très vite notre guide, sosie de Jean-Paul Rouve,
rompt la glace avec une série de taquineries et tout le monde y passe ! La journée démarre dans une ambiance très décontract' et les rires vont bon train. Le Sani Lodge Backpackers où nous
logeons est à 1560 mètres d'altitude et en quelques minutes, nous rejoignons le poste frontière côté Afrique du Sud 400 mètres plus haut. C'est à cet instant que nous comprenons pourquoi un
véhicule 4x4 est obligatoire. Nous qui pensions être aguerris aux pistes depuis la Namibie, découvrons qu'une LandRover est capable d'escalder des rochers ! Nous grimpons tant bien que mal sur la
route qui nous fait monter de 900 mètres d'altitude sur 8 kms seulement, sacré dénivelé et depuis la voiture c'est carrément les montagnes russes. On a bien fait de prendre un tour organisé !
Nous faisons un stop près d'une source et Matthew nous invite à boire l'eau directement. Après une minute d'hésitation, le plus téméraire commence et nous lisons sur ses yeux le "Feu Vert", elle est délicieusement fraîche !
Les "Douze Apôtres", une montagne escarpée divisée par l'érosion en douze parties égales yeutent le gros véhicule malmené dans son ascension. Nous arrivons en haut pour un nouveau stop et découvrons une étendue gigantesque de reliefs verts entre lesquels sillonnent de nombreux cours d'eau. Notre joyeuse ribambelle excitée par le décor se transforme en un car de japonais lâchés devant la Tour Eiffel ! Malgré les efforts d'originalité, nous aurons probablement huit photos identiques. C'est amusant de voir que lorsqu'une personne capture un cliché, les autres suivent immédiatement de peur de passer à côté. Seule Gwen prendra une photo totalement improbable ! Plus loin, nous passons le deuxième poste côté Lesotho cette fois, habités d'une réflexion sans réponse : à qui appartiennent les 8 kms qui les séparent ? Compte tenu de l'état de la route, peut-être que personne n'en veut ! Théoriquement, nous apprenons qu'à cette frontière l'eau de source qui s'écoule vers l'Est, vers l'Océan Indien est sur le territoire Sud-Africain mais dès que la source s'écoule vers l'Ouest, vers l'Océan Atlantique, il s'agit du Lesotho. Un incroyable trip en canöe kayak consiste même à rejoindre les sommets du Lesotho à la côte Atlantique sur 2000 kms par la rivière : comptez deux mois et demis et une incroyable condition physique.
Nous y voilà, nous sommes sur "le toit de l'Afrique". Ce petit royaume encore sauvage a résisté à l'invasion des colons même s'il a bénéficié du protectorat britannique pour lutter contre les Hollandais. Avec de larges zones sans électricité ni route automobile, il semble accroché au passé. Ses drôles d'habitants vêtus de couvertures sombres et d'une grosse paire de bottes nous accueillent parfois à cheval, parfois allongés, et camouflés dans un prés avec un large sourire blanc totalement désarmant. Welcome to Lesotho ! Quelques kilomètres complémentaires nous transportent à 3200 m, 3240 exactement ! Les quelques pas que nous faisons pour grimper jusqu'à un point de vue nous font sentir le manque d'oxygène à cette altitude. Parenthèse de la rédaction : quel étonnant instinct nous pousse systématiquement à grimper sur le point le plus haut ? Ca doit dater de la préhistoire ou un truc dans le genre ! Mais en même temps, la récompense est elle aussi systématique. Le paysage est démesurément sublime : les montagnes s'enchaînent à perte de vue dans une légère brume à l'horizon, de grands aigles majestueux font planer leurs ailes de deux mètres d'envergure sur les trafics locaux de marijuana. En nous posant dans les rochers pour déjeuner, nous voyons passer trois ânes, chacun chargé d'une bonne centaine de kilos de cette drogue douce, accompagnés de leur escorte de Sothos. Notre pique-nique de montagne les intrigue tranquillement et nous n'avons pas fini notre pomme que l'un d'entre eux roule sympathiquement un joint de la taille d'une courgette. NDLR : soit elle est douce, soit ils auront beaucoup de mal à retrouver leur rondavel avant la nuit. Après quelques échanges et photo avec eux, nous optons pour la seconde possibilité !
Une dernière halte avant le retour nous mène dans un village aux huttes traditionnelles : une maison ronde construite en branchage (permettant une température modérée hiver comme été), un foyer centrale, un seul espace pour le salon, la salle à manger, la chambre, la cuisine (...) et un trou étroit dans la toiture pour laisser la fumée s'échapper. Du feu dans une maison en bois ?!? L'air pur est là pour compenser les inhalations de fumée. Notre hôte nous présente son habitat et nous fait goûter un pain fraîchement cuisiné (comme celui de Mama Tambo dans les Townships près de CapeTown) et de la bière locale ! Le pain est délicieux. Le plus téméraire se lance pour goûter la bière et nous lisons dans ses yeux le "Feu Rouge". Nous nous retrouvons malgré nous dans cette scène des "Bronzés font du ski", chacun devant son verre essayant de contenir le rictus de dégout qui suit la première lampée de ce liquide blanchâtre et amer ! Nous reposons poliment et discrètement le bol encore rempli devant nous. Les questions fusent en anglais pour détourner l'attention de notre soif désenchantée. En sortant de la hutte, le petit groupe de musique local fanfaronne notre visite sur des instruments faits de matériels de récup'. Mélomanes s'abstenir mais le coeur y est. Nous saurons en tout cas organiser nos courses lors d'une prochaine visite ; chaque couleur de drapeau hissé sur une hutte indique ce qui y est vendu : rouge pour la viande, vert pour les légumes et blanc ou noir pour la bière.
Nous finissons notre rapide tour au Lesotho par un vin chaud dans le bar le plus haut d'AFS. On se croirait en haut de la Saulire dans ce grand chalet en bois, rendez-vous des amateurs de ski de cette seule piste longue de 300 mètres. Ici, vous ne trouverez pas de remontée mécanique, mais le charme des skis de bois accrochés au mur aux côtés des photos noir et blanc de la montagne enneigée.
Nous faisons nos adieux au Lesotho, un vrai petit coin d'Afrique comme on l'aime, simple, chaleureux et irrésistiblement accueillant. Voilà notre premier regret de Tour du monde : ne pas y être
restés davantage.
Lundi 8 février : Montagnes Drakensberg - St Lucia
Aujourd'hui ce n'est qu'une nouvelle journée de route, voici donc quelques extraits choisis de conversations de voiture :
" - Tu serais adorable de changer le CD, c'est la sixième fois que nous entendons la chanson N° 11 aujourd'hui.
- Je veux bien mais hier, on a entendu sept fois la N° 11 de l'autre CD ! "
" - Ralentis, il y a un singe sur la route.
- ... ."
" - Tu veux que je conduise ?
- Non, ça va.
- Tu es sûr... parce qu'il me semble que tu roules à droite !"
" - Faudrait penser à refaire le plein, je viens de passes SOUS le trait de la moitié de la jauge."
" - Ralentis, il y a une vache qui traverse hors des clous."
" - Tu es sûr qu'on a mis la clim', parce que je dégouline ?!
- ... ."
" - Il a dit quoi le proprio du BackPacker ? Après Empegani et NDolongo, on suit quelle direction ?
- MToub... quelque chose.
- Oui mais j'ai Mtoubatouba à droite et Mtoubahluhluwe à gauche !
- ... . Hostile la nature."
" - Ralentis, il y a un impala sur la route."
" - Ecoute...
- Quoi ?! je n'entends rien.
- Justement, je crois qu'on vient finalement de perdre la plaque d'immatriculation arrière."
" - Ralentis, il y a une autruche au milieu de la route."
Mardi 9 février : St Lucia
Petite matinée repos à lire, dormir, faire la paperasse MobiReporter (tri photo, articles, ...) car dehors la chaleur est intenable.
Nous sortons en fin d'après-midi pour découvrir la ville ST Lucia au contact de la population noire (enfin !) du Wetland. Nous flânons sur les marchés de fruits et légumes et artisanaux. Encore trop de chaleur, nous prenons la tangeante sur le plage pour un bain idylique à 25°C dans une magnifique lumière et les vagues incessantes de l'Océan Indien.
Petit dîner aux chandelles avant notre premier coup de fil à la famille par Skype. Ca fait du bien d'avoir des nouvelles en live du pays et d'entendre des voix familières. Le dernier verre au bar du Backpacker nous entraîne dans une discussion loufoque avec Jenny, un guide du Hluhluwe Game Reserve Park, au mille histoires pétillantes de curiosités.
Le saviez-vous : les acacias parlent !?
Lorsqu'une girafe broute les hautes feuilles de cet arbre, il libère un goût âpre sur ses feuilles qui signalera à ses congénères que le danger les guette. Dès le message envoyé par le vent, ils en feront de même. La giraffe n'a plus qu'à se détourner de son festin avarié !
Le saviez-vous : les aigles travaillent en bande organisée ?!
A 600 mètres d'altitude, ces charognards dessinent des cercles dans le ciel, s'attribuant chacun une zone d'observation de plusieurs kilomètres sur la savane. Lorsqu'un animal mort constitue un bon repas, l'un d'entre eux plonge brutalement, signalant par la déflagration dans l'air aux autres de le rejoindre.
Le saviez-vous : l'éléphant possède un drôle de radar ?!
Si vous voyez un éléphant s'appuyer lourdement sur une patte avant, ce n'est pas une initiation à une danse zoulou mais une manière "d'écouter" les vibrations que sa famille émet dans la terre à plusieurs kilomètres à la ronde.
Le saviez-vous : le Tambooti est un arbre ignifugé ?!
Cet arbre résiste aux flammes mais n'y est toutefois pas insensible puisqu'elles lui permettent de faire exploser ces fleurs et de libérer les germes qui perpétueront son espèce.
Le saviez-vous : Les gnous ont des lampes de poche ?!
Les gnous qui souffrent d'une mauvaise vision en plein soleil possèdent de large bandes blanches sous les yeux qui, la nuit, utilisent la réverbération de la lune pour une meilleure vision nocturne.
La soirée est donc instructive et passionnante et nous rêvons de publier des contines illustrées pour minots trop urbanisés. Dommage que Jenny soit en vacances, nous l'aurions bien embarquée avec nous pour notre future excursion dans le parc.
Mercredi 10 février : St Lucia
Au programme aujourd'hui : affronter la chaleur et traverser le Wetland park pour rejoindre la plage Cape Vidal, un très beau spot de plongée et de snorkeling le long de sa barrière de corail.
Nous partons à la rencontre des Rhinos blancs et noirs et des crocodiles tant promis par les locaux dans cette sublime réserve. Pourtant, après avoir déniché les "points of view" possibles et
imaginables, nous arrivons bredouille à Cape Vidal, pas un prédateur en vue. Heureusement, les waterbucks, les gnous et les koudous étaient au rdv. Enfin, le but de la journée es le snorkeling.
Il ne manque plus que le matériel (masque, tuba, palmes) et nous sommes prêts pour la découverte de ces fonds sous-marins. Seulement, pas un centre de plongée à l'horizon pour nous louer un
équipement ! Affamés, nous remettons à plus tard notre quête d'aventure sous le niveau de la mer. Nous trouvons un endroit ombragé dans les bois qui bordent la côte. Aux premières vues paisible,
notre terrain de pique-nique se transforme rapidement en un rassemblement de grivets (petit singe gris clair au pelage doux) aussi sympathiques et curieux que grivois lorsqu'ils sont affamés.
Nous revenons à nos instincts primaires, un long baton à la main cherchant à protéger nos victuailles. Au-dessus, à droite, à gauche, derrière les fourrets, ils sont partout et s'aventurent même
à l'affrontement. Malgré leur supériorité numérique, nos gestes amples et nos cris improvisés contiennent l'envahisseur mais une dernière photo audacieuse d'une partie de nos troupes détachées
sur le front rencontre de la résistance et se solde par une retraite immédiate dans la voiture ! Un détail nous marque dans la bataille, nos ennemis ont des testicules bleues azur (photo à
l'appui).
15H30 le timing est parfait, la mer descendant depuis une heure, les conditions sont réunis pour explorer les bancs de poissons : à nous de jouer. Enfin, le problème du matérieul demeure ! Une joyeuse bande de quadra sud-af nous proposent gentillement un apéro, un encas avec eux et le nécessaire pour plonger. Fidèles à notre objectifs nous n'acceptons que les masques, tubas et palmes. Plus tard, nous comprenons pourquoi ils étaient morts de rire. Avec une mer très agîtée par le vent, même protégés derrière la barrière de corail, nous avons vaguement nager parmi quelques poissons dans une eau trouble. Partie remise au Vietnam !
Nous rendons l'équipement prêté et en échange, ils nous "re" proposent l'apéro et nous invitent à dîner ! Ah l'accueil sud-af ! Malheureusement, nous refusons et c'est bien dommage, nous aurions pu évoquer les belles plages de l'Ile d'Oléron avec l'un des couples qui a passé quelques semaines en France. Oléron Island, mondialement connue ! Mais ce soir, c'est soirée "Zoulous".
Nous arrivons vers 18h au village Khula Dukuduku, reconstitué de façon traditionnelle avec ses petites, moyennes et grandes huttes circulaires aux petites portes basses. Moussa nous y enseigne les us et coutumes de ce peuple ancestral. Passionnant ! Nous assistons et participons aux légendaires danses zoulous. Les hommes rivalisent d'habileté et de force au rythme des tambours qui s'intensifient au coin du feu. Nous sommes envoûtés et admiratifs devant les jetés de jambe brutaux, la rivalité et la violence qui s'en dégagent dans un respect humble de la tradition. On nous sert un délicieux dîner africain dans la large cuisine du village et il est l'heure de retrouver notre hutte de paille pour une courte nuit car demain, le lever à l'aube (5h du matin) nous lancera vers Hluhluwe Reserve à la recherche des Rhino !
Jeudi 11 février : Hluhluwe, Umfolozi game reserve - Swaziland
5H et déjà le réveil ! Nos yeux s'ouvrent sur l'intérieur de la hutte qui a accueilli un sommeil très mitigé. La hutte, c'est authentique mais sans air conditionné ni salle de bain,
l'aclimatation n'est pas évidente !
A une heure de route, les rhinos nous attendent. Comme dirait Matthew, notre guide du Lesotho "C'est parti mon kiki" (en français dans le texte). Le Hluhluwe Umfolozi Game Reserve est le plus vieux parc d'Afrique du Sud, il témoigne de l'attention précoce de ce pays pour son environnement. En effet, l'Afrique du Sud est parmi les meilleurs élèves du monde en ce qui concerne l'écologie et la protection de l'environnement. 96 000 hectares de paysages vallonnés dans lequel vivent les Big Five et notamment plus de 350 éléphants, des rhinocéros blancs et noirs (chose rare) dans un écosystème totalement préservé. Après notre expérience à Etosha Park en Namibie, nous prenons vite nos marques dans les bons coins pour rechercher les animaux de bon matin. Nous suivons la piste d'une étendue d'eau et à notre arrivée le spectacle est au rdv : nos yeux fatigués par la courte nuit observent mi-cirieux, mi-craintifs quatre lionnes et un grand buffalo noir (7 tonnes) à une trentaine de mètre de la voiture. Nous retenons presque notre respiration en baissant la fenêtre pour les scruter à la jumelle et prendre des photos. C'est vraiment impressionnant ! Plus loin au détour d'un virage, deux énormes rhinocéros entament leur journée d'oisiveté. Les masses préhistoriques évoluent péniblement dans la chaleur grimpante et nous commençons à saluer le réveil très matinal. Cela en valait la peine. Chaque nouveau kilomètre se charge de surprise : les girafes ou encore les zèbres lorsque ce n'est pas un éléphant nous barrent la route, nous obligeant à rendre plus dicrète et silencieuse encore notre petite Fiat pour ces grands animaux paisibles mais capricieux. En recherchant un point élevé pour apprécier la vue, nous tombons nez à nez avec un rhinocéros tranquillement occupé à barboter dans une large flaque "avec vue". Où que nous allions, la nature est occupée à ne rien faire d'autre que suivre son cours. Nous en sommes les heureux intrus. Notre sortie du parc est accompagnée d'un troupeau d'une dizaine d'éléphants. Le palmarès de la journée est plus qu'honorable pour le plus grand plaisir de nos mirettes émerveillées.
Nous avions prévu de nous arrêter là pour dormir mais le Swaziland n'est qu'à 150 kms et nous décidons de pousser un peu malgré la fatigue et la chaleur pour profiter de ce petit royaume niché au Nord-Est de l'Afrique du Sud. En comparaison de la frontière surpeuplée de sympathiques mamas africaines, pressées de tamponner leur visas et de rentrer chez elles, la route est une partie de plaisir. Sur les derniers kilomètres, trois vaches qui attendent paisiblement à l'arrêt de bus tandis que des Swazis font du stop quelques mètres plus loin nous laissent présager que ce pays a tout pour nous étonner ! Nous arrivons à l'improviste dans un logement et nous voyons proposer une hutte avec une porte plus petite et basse encore que la veille - il faut ramper pour rentrer - mais nous choisissons la chambre double avec salle de bain ; l'authentique, c'est sympa mais le confort, c'est pas mal non plus ! Nous sommes épuisés et découvrons avec un certain intérêt la mascotte des lieux : un crocodile de 3m de long en liberté. Swaziland, nous voilà !
Après une bonne douche, un bon dîner nous attend aux chants grandiloquant des crapaux. Feraient-ils la taille d'un rhino ? Nous le saurons demain.
Vendredi 12 février : Swaziland (Nsoko - Enzulwini)
Nous pourrions croire qu'un pays qui se traverse d'Est en Ouest en deux heures de voiture est facile à appréhender mais malgré les routes confortables, les infos en notre possession dans les
books et la courte distance à parcourir, la journée galère s'impose à nous dans une chaleur qui n'arrange rien. Après pas mal d'hésitation entre une exploration "sauts de puce" et un mode de
visite plus sédentaire, nous privilégions la seconde option et cherchons le nid idéal depuis lequel rayonner vers les spots intéressants. "Unfortunately" comme se plaisent à nous dire souvent les
Africains, notre expédition à la recherche d'un bon B&B ressemble à un plein de bouffe dans un hypermarché le samedi matin : du monde partout, une carence de chambres et la queue à la caisse
! Nous nous dirigeons sans grande conviction vers le Milwane Rest Camp installé à l'intérieur d'une réserve animale et accessible devinez par quoi : une piste mal entretenue ! Nous avons bien
fait de ne pas laver la voiture. Heureusement toute galère a une fin ou presque... Nous découvrons un village traditionnel avec tout le confort que nous attendions tandis que les animaux mènent
une vie tranquille à quelques mètres de notre grande hutte. Les Français ont un jardin, voire un potager, les Swazis ont une gigantesque forêt chargée de zèbres, de facochère, d'impalas de
biches, d'hippopotames, ... à côté de leur maison et au final, à côté de notre hutte ! C'est magique de les voir se promener si près de nous, nous sommes immergés dans leur milieu. Le cadre est
magnifique, nous sommes ravis. Quel bonheur de se poser pour deux ou trois nuits. Ce n'est pas pourtant pas le moment de se reposer sur ses lauriers, dans quelques jours le Vietnam nous attend, à
condition d'avoir un visa. Notre base arrière particulièrement active (mille mercis Nico) nous a permis d'obtenir une invitation du Vietnam, il nous faut encore en avoir la confirmation et
l'imprimer ; c'est un autre problème.
A peine posés, toujours dégoulinant dans les 38°C humides environnant, nous voilà repartis en sens inverse (les amateurs de piste se régalent) à la recherche d'un café Internet. Nous trouvons finalement la connexion Internet la plus lente du Swaziland, quelle joyeuse Ôde à nos anciennes connexion modem 56 Kbytes/s. Un peu anxieux, il faut l'avouer nous découvrons avec bonheur la fameuse confirmation envoyée par Thuan depuis le Vietnam. Voilà LA vraie bonne nouvelle de la journée : Ho Chi Minh, here we are !
Sur le retour, le panneau Swazi Trails, nous pouvons booker notre demie-journée de rafting avec cette organisation citée dans nos guides. Cette journée bien remplie se termine par un dîner au milieu de nos nouveaux animaux domestiques les zèbres et impalas dans notre campement.
Samedi 13 février : Swaziland
A 9H précise et après un bon petit-déjeuner, nous grimpons dans le mini-bus Swazi Trails déjà chargé d'un couple de sud-af et de cinq étudiants à la mine alcoolisée d'une nuit sans sommeil ; ça
promet. Après une heure de route et quelques converstions intéressantes sur le mode de vie estudiatin européen, nous nous sentons spectateurs d'un "Road Movie" américain avec le grand costaud un
peu benêt, le beau gosse tchatcheur, le romantique intello, le mec cool et la jeune fille réservée. Hollandais, suédois, allemand, et néerlandais, entre 22 et 24 ans, tous sont étudiants à
Jo'burg et passent un bon week-end de lâchage total au Swaziland. Il faut avouer qu'ils sont moins là pour la culture, la faune et la flore que pour les bars clandestins et les sensations fortes.
En tout cas, après un vendredi soir sans fin, leurs paupières closes et leur tête lourde basculent sévèrement à chaque virage du mini-bus. Le feeling passe bien et c'est agréable d'être entre
jeunes. 10H30, le brieffing s'achèce à grand renfort de blagues coutumières et nous voilà dans l'eau de la rivère Lusutfu essayant de prendre rapidement nos repères sur la petite embarcation aux
larges boudins jaunes qui accueille notre binôme. Le soleil tape dur et nos biceps s'en donnent à coeur joie sur les pagaies. Bizarrement, chaque fois que nos oreilles perçoivent le son de chutes
d'eau s'approcher, nous devenons tous très attentifs aux consignes du guide qui nous donne l'occasion d'anticiper les sensations qui nous attendent. L'anglais n'est plus un problème :
"placez-vous bien entre les deux rochers sur la droite, tâchez de mettre le bateau en biais, concentrez-vous sur la sortie du remou en pagayant de toutes vos forces, un bateau à la fois, on
s'attend à 200m et surtout si vous vous retournez, tenez-vous à l'embarcation et attendez qu'on vous envoie la corde !" dit-il avec un large sourire comme si nous allions tous y passer. Voilà de
quoi nous rassurer ! La surprise est de taille lorsque nous nous lançons vaillant à la rencontre du fameux "remou" d'un mètre de haut à la suite d'un rapide de deux fois sa taille. Le bateau
glisse, prend une belle accélération, avant de chuter et de se plier en deux comme une feuille, éjectant Stan de l'arrière vers le milieu, tandis qu'une cinquantaine de litres d'eau s'engoufrent
à l'intérieur et que Gwen s'esquinte à ramer de toutes ses forces le cul dans l'eau. Morts de rire et concentrés sur l'effort à la fois, nous nous en sortons sans savoir comment, totalement
décomposés mais sans chavirer. Sur les cinq autres, ceux qui y ont essayé malgré eux la marche arrière n'ont pas eu cette chance ! Les passages plus calmes et plus ardus s'enchaînent pour
parcourir la dizaine de kilomètres sur le Lusutfu qui nous séparent d'un bon casse dalle. En arrivant, tout le monde partage avec excitation les sensations vécus et les frayeurs, on a adoré et on
en redemande ; seuls les bras insistent pour s'arrêter là.
Nous trimballons les corps endormis des étudiants sur le retour jusqu'au camp. On s'est vraiment bien marré tous ensemble, rdv sur Facebook ! Trois heures de rafting, ça épuise, la petite après-midi s'enchaine tranquillement dans notre réserve pour être en forme ce soir pour notre 9ème anniversaire mensuel de mariage. Pour l'occasion, Gwen a déniché dans un de ses inséparables guides un super resto à MBabane, servant un fabuleux homard à la vanille et un délicieux canard à l'orange : banco ! 19H, c'est parti pour les 10 kms de piste et les 15kms qui nous mènent à MBabane. A l'arrivée, on se retrouve dans une ville un peu sordide, nous n'arrivons pas à trouver le restaurant qui se trouvel dans un centre commercial et demandons trois fois notre chemin pour enfin, par chance, tomber dessus. Si la terrasse est sympa, aucun homard ni canard à la carte : this is afrika ! Nous profitons tout de même de notre soirée en tête à tête.
Dimanche 14 février : Swaziland
Réveillés par un Impala qui broute à un mètre de notre hutte, nous démarrons la journée de bonne heure et décidons d'aller visiter un village traditionnel Swazi. Arrivés sur place, nous apprenons
qu'une représentation de danse se tient dans une demie heure et en profitons pour atteindre une très belle chute d'eau d'une marche pressée dans cette journée très humide. Malgré l'absence de
soleil, le cadre est magnifique. A l'heure fixée, nous prenons place dans l'hémicycle du village pour assister aux danses et aux chants de cette grande famille (un seul père, plusieurs mères, de
nombreux enfants, tous frères et soeurs par leur père). Les costumes colorés à l'effigie de Sa Majesté Mswati III, l'actuel monarque absolu, entrent en scène et nous permettent de comparer les
différences entre la culture swazi et sa voisine zoulou (voir l'article sur la danse Zoulou). En réalité, elles sont très proches. Les pas sont légèrement plus sophistiqués mais se concentrent
sur le même jeté de jambe très haut pour les hommes comme pour les femmes. Les danseurs se relaient et la troupe se montre aussi talentueuse en chant qu'en danse ! Nous sommes émus presque aux
larmes à l'écoute d'une chanson acapella sur cette Afrique unie, reprise par la trentaine de chanteurs devant nous.
Nous poursuivons la journée vers un festival de musique qui se déroule dans le grand complexe culturel Malandela's, à l'occasion de Valentine's day considérée ici comme la journée de la femme autant que celle des amoureux. Nous découvrons un cadre féérique où de nombreux artistes se sont exprimés et ont participé à la décoration azimutée et colorée. L'environnement stimule nos sens et nos yeux sont sans arrêt appelés par un nouvel élément de décor. De l'entrée de l'établissement jusqu'aux menus détails des lieux (poignées de porte, lustres, mozaiques, pots de fleurs, panneaux, bar, toilettes), tout est remarquablement créatif, audacieux et bien fait. Une galerie d'art conserve précisieusement des oeuvres aussi déjantées et modernes qu'intelligentes de sens pour l'Afrique. Différents stands vendent de l'artisanat original dont les recettes collectées iront à un projet défendu par un petit village proche de là : encourager la lecture, lutter contre le Sida, favoriser l'éducation des femmes, ...
Nous déjeunons au restaurant et décidons de jeter un oeil au B&B de Malandela : totalement dingue et magnifique pour un prix inférieur à notre campement dans la réserve ! Nous voilà partis sur la piste du Milwane Camp pour négocier l'annulation de nos prochaines nuitées. Evidemment, ça grince, ça coince car la politique du camp est "No refund" (pas de remboursement), il est plus de 15H et nous aurions dû ne pas payer et déguerpir avant 10H ce matin, mais au moment où notre argent semble perdu, Stan se lance dans une petite tirade dans un anglais anormalement bon ; même un malfrat accroc à la cocaine qui viendrait de nous piquer notre portefeuille nous aurait rendu notre argent ! Pas très fiers de nous de cette annulation mais hyper enthousiastes de la suite, nous posons nos sacs dans ce nouvel endroit un peu magique et filons à quelques mètres de là jeter un oeil au festival de musique sur la scène du House on Fire. Cette salle de concert familiale de plein air porte bien son nom de "maison en feu" car l'ambiance y est géniale ! Un français au keyboard, un nigérien à la basse, un congolais à la guitare, un sud-af au saxo, un swazi aux percussions et les chanteuses qui défilent avec leur énergie, leur large sourire, leur délire sur scène... Un vrai bon moment de folie ! On écoute, on admire, on danse,... on se lachent aux rythmes de ses sons africains ! Nous sommes bien et ressentons au fond de nous que le départ dans 2 jours ne va pas être facile. Après 40 jours et 40 nuits dans le désert, les montagnes, au bord de l'océan, dans les villages, parmis une faune et une flore extraordinaires, entre les blancs et les noirs qui peinent à se mélanger, voici comme le Swaziland nous offre généreusement la plus belle image de la future génération : une euphorie musicale dans un lieu artistique hors du temps ! Nul part, nous n'avions vu un tel mélange de cultures, une telle créativité visible partout, un brassage de générations et de couleurs ; cela restera l'un de nos grands coups de coeur du bout du monde.
Au moment de dîner après ce long concert qui s'est fini en apothéose d'une danse multi-ethnique, nous sommes sur le nuage d'un eldorado, rêvant de multiplier les endroits comme celui-ci dans le
monde entier pour créer l'effervescence artistique, partager les cultures, les avis, l'esthétique de chaque pays, se mélanger sans se nier, mener des projets communs sans s'oublier.
^^
Lundi 15 février 2010 : Swaziland, Malandela's BB
Journée de repos, une petite pause aménagée nous permet de nous remémorer les instants forts, les sensations et toutes les curiosités rencontrées sur notre chemin ces 38 derniers jours. Nous
comprenons doucement les règles du jeu : chaque fois que nous serons accoutumés à un pays et commencerons à nous attacher, il nous faudra le quitter, chaque fois que nous prendrons nos marques et
trouverons nos repères, une autre destination, une autre culture nous inviterons à repartir de zéro.
Mardi 16 février 2010 : Swaziland - Johannesbourg
Ce matin, c'est fête ! Notre Fiat Palio après un mois de poussière, de sable, de boue, de graviers fait l'objet de toute notre attention. Après tous ses bons et loyaux services, nous lui devons
bien cela : un "car wash" intérieur et extérieur, moteur compris et polish ! Nous avions presque oublié qu'elle était blanche ! 39 jours, 10200 kms, 18 pleins d'essence, 11 litres de lave vitre :
rien ! Pas une rayure, pas un seul accroc, pas une crevaison ! Plus que quelques heures et 300 kms faciles et nous aurons atteint l'objectif improbable de rendre la voiture telle qu'elle nous a
été confiée. Une heure et demie plus tard sur la route vers Jo'Burg, la cargaison d'un pick'up se détache et passe à quelques centimètres de la voiture. Les cages métalliques s'écrasent sur le
macadam et créent une belle panique en sens inverse. Est-ce que nous les avons éviter ou est-ce l'inverse, on ne le saura jamais mais "Ouf" la voiture n'a rien ! Nous rejoignons la capitale et
trouvons un hotel confortable près de l'aéroport. A 20h nous sortons pour notre premier dîner Jet Set avec Séb, alias "Beautiful Sun" en mission à Jo'Burg pour le compte de Nestlé. Théoriquement,
le Radisson Hotel est à 20 minutes du nôtre... théoriquement ! Entre la nuit, le déluge comme nous n'en avons jamais rencontré et une carte de la ville très approximative, une heure après, nous
sommes toujours perdus. Les éclairs se multiplient, 10 cm d'eau occupent la route et les panneaux deviennent illisibles. Nous craignons pour la Fiat et surtout pour nous, tandis que nous revoilà
partis sur la N2 en direction de Durban 400 kms au Sud. Chaque fois que nous essayons d'emprunter une sortie, elle nous éloigne un peu plus de notre destination. Imaginez-vous dans un hôtel à
Roissy avec un dîner Porte Maillot alors que vous venez de passer la Porte d'Orléans et que vous vous retrouvez sur l'autoroute du Sud, de nuit, et sous des trombes d'eau est-il nécessaire de le
répéter... Hostile la nature ! La fin de cet épisode est heureuse : nous retrouvons la bonne direction, nous atteignons l'hôtel (merci Séb pour THE indication utile sur les 3 tours), nous
rejoignons notre hôte et apprécions un bon dîner en français. Pour le prochain dîner Jet Set, nous privilégierons l'hélicoptère car le retour marque le second épisode : même décor, même scénario
et mêmes acteurs ! Nous pourrons dire que nous avons "visité" Johannesbourg by night ! Heureusement, la voiture n'a toujours rien et jusqu'au bout nous aurons craint le pire.
Mercredi 17 février 2010 : vol Johannesbourg - Ho Chi Minh (Vietnam)
Lorsqu'on voit sur un billet d'avion que l'on part d'un endroit le 17 février à 12h35 pour arriver à un autre endroit le 18 février à 10h40, cela laisse songeur. Il existe un ennemi plus puissant
encore que les moustiques pour troubler le sommeil : l'avion ! Les maîtres-mots sont "patience" et " sang froid". Nous sommes assis dans une position assez verticale (sécurité oblige), une
personne à notre gauche, une autre à droite, un enfant très très capricieux devant nous, nous sommes bloqués, condamnés à un mutisme de 11h30 dans le bruit assourdissant des moteurs de l'avion.
Nous savons qu'il faut dormir car là où nous allons, les gens le font paisiblement à l'heure qu'il est. Mais à 16h, même drogués de comprimés d'Endormil, dans ces conditions c'est juste "pas
possible". Parés de matériel lourd : coussin pour la nuque, masque sur les yeux, boule kiès, chaussettes de contention, chaussettes de confort et couverture, Gwen comme a son habitude s'endort
après 20 minutes de film. Stan quant à lui se répète les maîtres mots pendant 8 heures : "PA-TIENCE" et "SANG-FROID", "PA-TIENCE" et "SANG-FROID", "PA-TIENCE" et "SANG-FR...".
Jeudi 18 février : dans l'avion - Ho Chi Minh (Vietnam)
Voir le nouveau carnet : CARNET DE ROUTE VIETNAM.