
"Tol est né en 1988. Un jour, Tol et ses quatre amis ont trouvé une mine ananas en jouant. Les garçons ne savaient pas ce qu'ils avaient entre leurs mains. La curiosité des enfants est telle qu'ils l'ont ramassée. La mine a explosé et trois des garçons sont morts sur le coup. Tol a perdu sa jambe et la fille qui marchait derrière eux a perdu un bras. Tol est resté un mois à l'hôpital de province. Sa jambe a du être amputée car l'os était cassé et la peau gravement atteinte. (...) Tol aimerait devenir médecin, en riant il ajoute que travailler comme guide serait bien plus simple..."

"Da est né en 1986. Da avait 10 ans lorsqu'il a eu son accident. Ses amis et lui allaient chaque semaine récolter du bois dans la forêt. Ce jour, il était avec quatre amis à environ 50 kilomètres
de chez lui. Un de ses amis a trouvé une mine, par curiosité il l'a ramassée et a joué avec. Elle a explosé. L'ami de Da est mort et les trois autres ont été touchés par des fragments. Da a perdu
son avant-bras lors de l'explosion. (...) Da est un garçon très intelligent et adore aller à l'école. Il espère devenir instituteur."
"Bel est né en 1986. Il s'occupait de ses vaches et allait avec elles en forêt. C'est lors d'une de ces sorties que Bel a marché sur une mine et a perdu sa jambe. (...) Le frère aîné de Bel était
soldat. Il a été envoyé à la frontière thaïe et n'est jamais revenu, son corps n'a jamai été retrouvé. Son deuxième frère aîné a été blessé par l'explosion d'une mine. Il est retourné travailler
dans les rizières où il a marché sur une mine. Il en est mort. (...) Bel aimerait devenir médecin, infirmier ou instituteur."
"Srei est né en 1990. Un jour, lorsqu'il avait 8 ans. Il était parti rassembler du bois pour cuisiner quand il a marché sur une mine. Après une journée de trajet en charrette à boeufs, il a enfin rejoint l'hôpital Domden à Siem Reap. Les médecins ont amputé sa jambe. (...) Il prend plaisir à aller à l'école et à apprendre l'anglais."
"So Phart est né en 1990. Il a marché sur une mine vietnamienne (MD82B) alors qu'il était en train de récolter du bois. Ses deux frères ont entendu l'explosion et les cris de So Phart. Les deux
sont venus en courant à son secours. L'un de ses frères a trébuché sur un fil de mine ananas. L'explosion a tué ses deux frères. So Phart a été amputé de son avant-pied et un éclat de mine a
également touché son oeil. (...)"
Ces histoires tragiques sont puisées d'un petit feuillet trouvé dans le Land Mines Museum (musée des terres minées) de Siem Reap (Cambodge). Deux points les relient entre elles : tous ces jeunes
enfants sont victimes d'accidents liés aux mines antipersonnelles déposées pendant la guerre entre les Vietnamiens et les Khmers Rouges, et tous, ont été recueillis par l'association du musée
pour être pris en charge et scolarisés gratuitement.
"Je ne suis pas certain de l'année exacte de ma naissance, raconte Aki Ra, le fondateur du musée. Mais j'ai l'information par un ancien professeur d'être né en 1973." Son enfance tragique lui
enlève ses parents assassinés par les Khmers Rouges, pour des raisons aussi peu valables que le fait d'être malade et de ne pouvoir travailler ou aider une autre personne sans en avoir la
permission.
Aki Ra est enrolé par la même armée qui l'a rendu orphelin. A l'âge de 10 ans, il se voit confier un AK47, apprend à utiliser un lance-roqutte, un mortiers et quelques mois plus tard un bazooka.
Il ne connaît que la guerre, la jungle et l'endoctrinement. En une vingtaine d'années seulement, il change trois fois d'armée après des captures par l'ennemi, passant des Khmers Rouges, aux
Vietnamiens, puis aux Cambodgiens.
En 1992, il se voit offrir l'opportunité d'étudier et sort de la guerre et de l'armée, même s'il reste au service des Nations Unies pour participer au nettoyage des zones minées. En 1995, il est
appelé par un village suite à un accident survenu sur une mine anti-tank. Un bébé, seul survivant après l'explosion est toujours en vie, au milieu d'un champs de mines qu'aucun villageois n'ose
plus approcher. Il démine la zone, puis les environs et commence à collecter un volume impressionnant d'armes, de munitions, de bombes ou de mines laissées dans la jungle.
"I want to make my contry safe for my people." sera la phrase de son mouvement autour de l'assocation et du musée ouvert en 1999.
Ainsi, le musée basé à côté de Siem Reap et l'association Cambodian Land Mines Museum Relief Fund accueillent aujourd'hui une vingtaine d'enfants handicapés, victimes des mines pour leur offrir
une nouvelle chance, forment des démineurs, apportent de l'information et des aides aux villages menacés. Allez sur le site Internet : cambodialandminemuseum.org
En parallèle, l'opération "CleanUpSoap" a pu être mise en place avec l'aide du designer Hideaki Matsui basé à Tokyo et à New York, et le concours de la Parsons Design School et l'école de New
Buisiness et Politique urbaine de Milan. Elle consiste à vendre des savons en forme de mines pour cultiver l'allégorie que le savon comme les mines viendront à disparaître grâce au soutien
financier des acheteurs du produit. Pour toute info complémentaire le site Internet : cleanupsoap.com.
Aki Ra a déposé entre 300 et 500 mines pendant la guerre.
Il en a désamorcé plus de 50 000 aujourd'hui et continue avec toute son équipe à poursuivre le nettoyage.
On estime le nombre de mines restantes au Cambodge entre 3 millions et 6 millions, sans que personne ne puisse fournir de carte précise de leur emplacement.
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Les
Reporter sans frontières, Lâm Duc Hiên s’est intéressé depuis des années à ses racines,
et aux grands fleuves de ce monde. De renommée internationale et ayant une démarche engagée vis-à-vis de la protection des ressources naturelles ou des droits humains, le
À l’heure où l’eau de notre planète est devenue aussi rare et
précieuse que le pétrole au point de justifier même certaines guerres plus ou moins larvées, le Mékong, l’un des plus grands fleuves du Monde, est devenu un enjeu politique entre les pays
riverains tout autant qu’une ressource naturelle menacée par le développement des industries et des barrages.
Face à moi le Mékong, ce fleuve qui m’a vu naître et que j’ai traversé une nuit de
1975, pour rejoindre les camps de réfugiés en Thaïlande, puis trouver asile en France. Les émotions dévalent sur moi comme les pluies tropicales, impérieuses, salutaires, toutes puissantes.
A travers le rideau d’eau, je distingue les silhouettes familières de mon enfance, ma grand-mère Bà, les flamboyants penchés sur le fleuve, les vendeurs de rue…
Ils ont dit...