
Comme en ouvrant une par une de jolies poupées russes pour arriver à la plus petite et la plus belle contenue dans les autres, vous entrez en Afrique du Sud, pénétrez le Swaziland niché à
l'intérieur, arrivez dans la petite ville d'Enzelewini, découvrez le Malandela Center et franchissez les portes de la salle de concert House On Fire. "Washa Umkhukhu" en Swazi. cette maison n'est
pas seulement "en feu" mais totalement en effervescence créative. Tout y est prévu pour inspirer l'art et dérouter l'esprit, pour susciter la surprise et rester dans un renouvellement permanent.
Cette maison fantastique est une arène à performances artistiques. Déambuler dans ses espaces enchantés est un "must" pour les voyageurs de la région sud-africaine. L'amphithâtre afro-shakespearien de la salle de concert accueille les plus grands noms de la scène musicale africaine pour mélanger le jazz, le R'nB, l'acapella,le rock ou les sets de percussions tandis que sa galerie d'art semble tout droit sortie d'un film de Tim Burton, dans une version Pop Art à la Warhol.
Dès l'entrée, la large porte de pierre gravée et incrustée de strass donne le ton. Les couleurs appellent le regard avant de le capturer définitivement dans un univers totalement féérique. Les statues figuratives incarnent les stéréotypes ironisés pour accueillir les visiteurs le long des murs et des espaces qui mènent à l'amphithéâtre. Partout, la décoration invente une complicité d'esprit dans un humour acéré. Emmenée par une idée commune, on l'imagine déposée par couches de créativité successives. Une idée en entraînant une autre, des artistes de toute origine, de toute race et de tout âge ont pu librement laisser leur empreinte sur les lieux.
La galerie abrite l'une des plus belles collections de pop art de la région. Des trônes de bois aux dossiers azimutés représentent des personnages africains et même le pastiche d'un Napoléon noir
! Les large bancs de pierre aux acoudoirs en forme de bustes féminins juxtent une balançoire surmontée d'un ange habillé "seventies".

On sent la pâte d'une multitude d'artistes grâce aux différents jeux de textures et de couleurs propres à chacun d'entre eux.
Avec ses portes et ses placards de bois recouverts de gros coeurs jaunes ou bleus, et de grandes mozaiques aux larges panels de couleurs, les toilettes sont transformés en un oasis de gaieté.
Les bustes colorés d'une marchande de glace, d'une infirmière et d'une chanteuse sont accrochés au mur et des ampoules remplacent parfois une boule de glace, un stétoscope ou encore un micro.
Les
chandeliers jouent la carte de l'originalité, pas un ne ressemble à l'autre. De jolies horloges faites à la main rivalisent d'astuces pour attirer l'attention sur elles sans meme donner l'heure.
L'une en forme de fée est soulignée de la phrase "My Next trick is impossible", une autre soutient un petit ange volant et indique "Time flies" tandis qu'une troisieme juste à côté est chapeautée
du chiffre 3 et affiche "Before 4" sur une petite pancarte.
Les trophées de chasse au mur, très courant dans cette région du monde, adoptent un nouveau genre pour habiller les animaux d'un caban, d'une
veste multicolore au col haut ou de motifs acidulés. Un vingtaine de petits angelots se partagent la place, suspendus à une tringle à rideaux au milieu de nulle part.

La petite pancarte "Jimmy Carter President of the United States stood here" trouvée dans un restaurant proche d'un lieu officiel a été malencontreusement déplacée dans... les toilettes pour
hommes !
On ne peut que le répéter, ce lieu est unique tant pour son décor artistique et humouristique que pour son ambiance.
Nous ne voyons plus les touristes mais immergeons totalement dans la " creative happy life" du Swaziland ! Blancs ou noirs, enfants, adultes, personnes âgées, quand la musique est bonne et que le
décor est fou, franchement, où sont les différences ?!
Le concert auquel nous assistons pour la Saint Valentin nous a véritablement propulsés dans un univers à part entière avec une seule envie : partager, danser, rire, partout dans toutes les
positions et avec tout le monde.

On s'y sent bien et à mesure que les chanteurs montent sur scène, l'énergie est immense dans les lieux. Un congolais à la basse s'harmonise avec un français au clavier, le percussionniste vient
d'un village tout proche et le guitariste qui tente un solo avec les dents est un vieux de la vieille du Nigeria. Le talent envahit l'espace et il ne peut y avoir de laisser pour compte.
L'embarcation est imminente et ici, nul besoin de gilet de sauvetage, on se noie dans le bonheur avec délectation.
Peut-être y a-t-il beaucoup à apprendre d'un endroit comme House on Fire ? Seize années seulement séparent la fin de l'appartheid de nos jours et le fossé entre les races semble encore très présent en Afrique du Sud et en Namibie. Mais l'art s'avère être un ciment humain à prise rapide pour qui s'ouvre au talent, quelque soit sa couleur.
Ils ont dit...