Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 10:23

 

 


1201 Fish River Canyon (36)

Depuis quarante mille ans, l'homme appose sa trace sur les terres magiques de l'Afrique du Sud. Chaque année la saison des pluies marque le mouvement naturel perpétuel de ce berceau de l'humanité.

Nous traversons ses routes d'Est en Ouest et partout à cette saison le pays semble prisonnié d'une lourdeur orageuse. De Joburg à Cape Town, la fin de journée appelle la même cérémonie climatique, attendue comme une libération par la population lorsqu'elle offre à ses spectateurs les quelques milimètres d'eau qu'ils attendent.

Comme Bartolomé Dias il y a plus de cinq siècles, les nuages sombres explorent le ciel à la recherche d'un sommet qui leur offrira asile. Ils s'imisent doucement dans les sillons d'une nature asséchée. Par endroit, l'union de la veille entre la terre aride et le ciel colérique est visible à travers les traces herborées de leur fertilité.

L'orage d'Afrique du Sud semble tellement raconter l'histoire de son pays, la fusion des éléments, le mélange dans la brutalité. D'abord gronde très lointaine la grande caisse sourde pour ramener à la vie l'esprit des premiers nomades Sans. Rejoints par les  Khoi-khois, ils se mèlent sans heurt devenant les Khoi-Sans et rencontrent de nouveaux nuages sur leur passage, de nouveaux peuples, les Zoulous, Xhosa, Swazi et Ndebele. Chacun leur forme au départ, uniformisés par la langue, ils deviennent un peuple homogène plus riche . Puis surgissent les nuages lointains, explorateurs portugais et hollandais et à mesure que l'orage approche, nos sens deviennent la porte imaginaire sur un passé historique tumultueux : le poids de ses guerres, la chaleur humide de ses larmes, la surprise de sa violence. Les coups de tonnerre répétitifs et majestueux expriment soudain l'invitation à une musique chargée des siècles de colonisation, d'une beauté riche et brutale. Elle évoque la douleur de ce peuple fier et torturé par ses mélanges, terre d'accueil et de soumission, terre de commerce et d'escalavage qui a vu naître les esprits les plus naifs, commes les plus tenaces jusqu'à celui de Mandela.

Le ciel offre un spectacle déchiré de plusieurs couches de nuages aux couleurs blanches, noires et métissent. Les éclairs sont si prompts à le percer que l'on sent bien qu'ils ne demandent pas la permission. Chacun dans son droit, chacun dans sa louange. Les Zoulous choisissent la cruauté, les hollandais s'étalent pour chercher plus loin une forme de paisibilité mais chaque fois qu'ils avancent, les britanniques les encerclent et les gagnent. Nuages noirs et nuages blancs prêts à se mélanger s'éloignent de plus en plus. Entre eux, la foudre cherche à se frayer un chemin jusqu'à la terre, fragile spectatrice. Les nuages sombres cèdent progressivement l'espace, se laissent encadrer par les règles des blancs mais s'accrochent dans le ciel avant de déverser leurs larmes anuelles, chargées du sang rouge du désert du Kalahari. 1201 Fish River Canyon (38)

Siècle après siècle, le clivage s'inscrit plus durement sans retour en arrière imaginable. La mixité est d'abord interdite par les blancs, puis l'espace devient plus réduit et plus réduit encore pour les noirs. La vie elle-même se limite, sans expression, sans liberté, sans révolte possible.

Soudain, quelques gouttes trouvent leur chemin et marque la liaison entre le ciel rustre et la nature qu'on pensait indomptable. Gandhi apporte une nouvelle lumière sans violence, Nelson Mandela organise l'expression du plus grand nombre. L'idée est là, parfois brisée. La nature se laisse caresser, elle absorbe goutte après goutte ce que les monstres informes et denses lui lâchent. Elle se courbe pour mieux se redresser, vivre.

Chaque minute révèle l'odeur sèche des routes, du sable, de la végétation endormie, surprise par l'eau qui n'a pas rendu visite depuis des mois. La terre hostile, l'une des plus riches du monde accueillant 120 espèces de mamifères, plus de mille sortes d'oiseaux et des centaines d'espèce végétales ne peut se refuser trop longtemp et se laisse fertiliser.

Après l'orage, il parait clair que l'important n'est plus qui des africains ou des européens était là le premier, quel nuage a tort ou raison mais comment un seul peuple sud-africain pourra mériter tout ce que cette terre a à offrir.



1301 Sesriem & Sossusvlei (54)

Par MobiReporter - Publié dans : Afrique
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